
On imagine souvent qu’un univers de fiction surgit d’un seul geste, comme une illumination soudaine. Une idée, un décor, un personnage, et tout se mettrait en place. Dans mon cas, ce n’est pas du tout ce qui s’est passé. L’univers de NEXIA n’est pas né d’un éclair, mais d’une accumulation lente, presque organique, de fragments, de questions, de notes prises à des moments où je ne pensais pas encore écrire un roman.
Au début, il n’y avait rien de spectaculaire : quelques intuitions sur le futur, des interrogations sur la manière dont nos sociétés évoluent, des images floues qui revenaient sans raison apparente. Je notais tout cela, sans savoir si cela servirait un jour. C’était un travail discret, presque souterrain, qui avançait à son propre rythme.
Puis, un jour, j’ai compris que ces fragments formaient un ensemble. Pas encore un monde, mais une direction. Une cohérence en devenir. À partir de là, la préparation a pris une autre dimension. J’ai commencé à réfléchir à la structure politique, aux technologies plausibles, aux tensions sociales, aux paysages, aux rythmes de vie. Je voulais un univers qui ne soit pas un décor, mais un organisme vivant, avec ses contradictions, ses zones d’ombre, ses promesses.
Ce travail a pris du temps. Beaucoup plus que je ne l’imaginais. Il m’a fallu accepter que l’univers ne se construirait pas en quelques semaines, ni même en quelques mois. Il fallait laisser les idées se déposer, se contredire, se transformer. Parfois, une seule phrase lue dans un article suffisait à déplacer tout un pan du monde. Parfois, une intuition tenace s’effondrait après plusieurs jours de réflexion. C’est un processus qui demande de la patience, et une certaine humilité.
Ce qui m’a surpris, c’est la manière dont l’univers a fini par influencer l’histoire elle-même. Je pensais d’abord que je construisais un cadre pour accueillir mes personnages. En réalité, c’est l’univers qui a commencé à dicter ses propres règles, à imposer ses contraintes, à orienter les trajectoires. Les personnages ne pouvaient pas vivre n’importe où, ni faire n’importe quoi. Ils étaient façonnés par ce monde autant qu’ils le façonnaient.
Aujourd’hui encore, je ne suis pas certain d’avoir “fini” de construire l’univers de NEXIA. Un monde de fiction n’est jamais vraiment terminé. Il continue de bouger, de respirer, même quand le roman est achevé. Peut-être est-ce cela, finalement, qui me touche le plus dans ce processus : la sensation que l’écriture n’est pas seulement un acte de création, mais une manière d’habiter un espace intérieur, de le comprendre un peu mieux, et de le partager.



