
Il y a des thèmes qui s’invitent dans une histoire sans qu’on les ait vraiment choisis. Ils apparaissent d’abord en périphérie, comme une intuition vague, un mot qui revient trop souvent, une inquiétude qui s’installe sans prévenir.
L’intelligence artificielle a pris cette place-là dans mon imaginaire : non pas comme un sujet technique ou une fascination futuriste, mais comme une question qui me suivait, discrètement, depuis longtemps.
Je n’ai jamais eu l’ambition d’écrire un roman “sur l’IA”. Ce serait d’ailleurs une entreprise impossible, car l’IA n’est pas un bloc homogène, mais un ensemble de pratiques, de peurs, de promesses, de projections. Ce qui m’intéressait, c’était moins la technologie que ce qu’elle révèle de nous. Notre rapport au contrôle. À la délégation. À la vulnérabilité. À cette tentation étrange de confier à des systèmes ce que nous ne savons plus très bien gérer nous‑mêmes.
Pendant les premières phases d’écriture, je me suis souvent demandé si j’étais légitime pour aborder un thème aussi vaste. Je ne suis ni ingénieur, ni spécialiste en apprentissage automatique. Mais j’ai fini par comprendre que la littérature n’a pas besoin de cette forme de légitimité. Elle a besoin d’un regard, d’une inquiétude, d’un point de friction.
Et c’est précisément là que l’écriture de NEXIA a commencé : dans cet espace où la curiosité rencontre la crainte, où l’on pressent que quelque chose se transforme autour de nous, sans encore savoir comment le nommer.
L’IA, dans le roman, n’est pas un personnage. C’est un prisme. Une manière de regarder autrement ce que nous sommes en train de devenir. Elle m’a permis d’explorer des questions plus intimes :
Qu’est‑ce qui reste profondément humain dans un monde où tout peut être optimisé, anticipé, mesuré ?
Qu’est‑ce qui échappe encore aux modèles ?
Qu’est‑ce qui résiste ?
Ces interrogations ne sont pas abstraites. Elles traversent nos vies quotidiennes, nos choix professionnels, nos relations, nos manières de nous raconter. Elles s’invitent dans nos écrans, dans nos décisions, dans nos doutes. Écrire NEXIA, c’était accepter de me tenir dans cette zone d’incertitude, d’y avancer lentement, parfois à tâtons, en laissant les personnages me montrer ce que je n’avais pas encore compris.
L’IA n’est pas un décor futuriste. C’est une tension intérieure. Un mouvement du monde qui nous oblige à nous repositionner. Peut‑être que la littérature sert aussi à cela : à éclairer ce qui change en nous avant que nous en ayons pleinement conscience.
